"INDÉPENDANCE" VOUS DITES ?

05/04/2021

Indépendance, voilà un mot assez galvaudé qu’il a même perdu son sens. Les gens se complaisent à faire des manifestations, des festivals, des discours grandiloquents et des ripailles pour fêter l’« indépendance ». Oh que j’ai honte pour mon peuple et pour ses dirigeants. Nous sommes maintenant dépendants de cette indépendance qui n’est rien d’autre qu’un colonialisme qui ne dit pas son nom. L’indépendance c’est dans la tête d’abord. C’est avoir un esprit ouvert et conquérant qui nous amène à explorer en toute liberté d’autres horizons, à embrasser d’autres cultures et à rencontrer d’autres peuples pour donner et recevoir sans contraintes pour grandir et faire grandir son peuple.

D'une manière générale, l'indépendance désigne l'absence de relations de cause à effet, d'influence, de contrainte, ou de coordination entre différentes choses ou événements. L'indépendance est aussi le refus de toute sujétion, relation de dépendance, pression ou contrainte. En politique, l'indépendance est, pour un pays, une organisation politique ou une branche de gouvernement, l’acquisition de son autonomie.

En philosophie, l’indépendance peut aussi concerner le domaine plus abstrait de la pensée et notamment de la liberté religieuse. Dans ce cas, l'indépendance est synonyme d’autonomie ou de liberté vis-à-vis d'une tutelle spirituelle, exercée par une autorité religieuse ou philosophique. L'éducation et l'instruction laïques, la lecture, sont des facteurs importants pour l'acquisition d'une indépendance d'esprit.
Nous voyons donc que dans toutes les sphères et tous les domaines de la pensée humaine, l’indépendance fait appel à la notion de liberté de choix, de pensée et d’action. Il ne peut y avoir d’indépendance dans une relation de cause à effet ou de sujétion. Dans un monde de pensée unique ou de tentative d’unifier le penser, il est utopique de parler d’indépendance. Les pays africains sont plus que dépendants depuis leur accession à l’indépendance.
Le premier facteur qui nous maintient dans notre dépendance virtuelle et réelle, c’est le découpage éhonté et anachronique de l’Afrique. La balkanisation de notre cher continent qui a fait que les grands ensembles culturels et socio-politiques que nous avons toujours connus, ont été morcelés en petits états avec à la tête des « roitelets » qui sont à la merci de l’occident au détriment de la grande masse.

Le deuxième facteur qui encourage notre dépendance, c’est l’aliénation culturelle et religieuse. Or, il est démontré que si tu ôte à un peuple sa culture et sa spiritualité, alors tu lui ôtes son âme. C’est ce qui est arrivé à l’Afrique, qui a donné sa civilisation au monde pendant des siècles et dans tous les domaines. Cette KAMA qui a une des spiritualités les plus profondes et qui connait plus que quiconque Dieu dans toute sa dimension. Cette KAMA aujourd’hui n’est plus que l’ombre d’elle-même et les grandes masses africaines se laissent manipuler ou bien simplement sont entrainées dans un système qu’elles ne peuvent pas comprendre et elles en payent après les pots cassés. Comme le disait Hailé Sélassié « Il nous faut cesser de confondre religion et spiritualité. La religion est un ensemble de lois, de règlements et de rituels édifiés par les hommes, supposés ainsi aider les hommes à développer une spiritualité. En raison de l'imperfection même de l'homme, la religion s'est corrompue, s'est politisée, s'est divisée et est devenue un outil dans la lutte pour le pouvoir. La spiritualité n'est ni théologie, ni idéologie. C'est tout simplement un mode de vie, pur et original, qui nous a été donné par le Créateur. La spiritualité est une toile qui nous relie entre nous, au Très-Haut, et à l'Univers. »

Le troisième facteur de notre dépendance, est celle économique. En effet, nous produisons très peu et le peu que nous produisons nous ne le consommons pas. Or comment un pays ou un continent peut-il se développer en passant tout son temps à tendre la main ? On ne peut vivre de dons et de d’endettement et vouloir ainsi avoir sa place dans le concert des nations. Or si nous prenons l’exemple du Sénégal, selon une étude de la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE), intitulée «Impacts de l’endettement public sur l’économie sénégalaise», depuis 1996, l’encours de la dette a connu une première tendance haussière jusqu'en 2001, un an après que le Sénégal a entamé les réformes pour accéder à l’initiative PPTE.

Par la suite, souligne le rapport, une tendance baissière a été observée à partir de 2001 jusqu’en 2006, résultant des allègements PPTE et IADM ayant occasionné un fort repli de la dette extérieure du pays. Ainsi, l’encours de la dette publique a augmenté de 24,7% entre 1996 et 2001, en passant de 2139 à 2667,9 milliards de FCFA, avant d’enregistrer une baisse de 61,7% pour se situer à 1022,67 milliards de FCFA en 2006. La dette extérieure totale qui a suivi la même trajectoire est passée de 1900 à 2454 milliards de FCFA entre 1996 et 2001 pour diminuer à 864,37 milliards en 2006. Au total sur ces deux périodes, la dette extérieure a enregistré respectivement une hausse de 29,1% suivie d’une baisse de 64,8%. Par contre, la dette intérieure totale n’a pas beaucoup évolué entre ces deux périodes. Elle est restée à un niveau relativement faible, ne dépassant pas les 250 milliards, et a connu des baisses successives de 10,2% et de 26% sur les deux périodes.

Toutefois, après les bénéfices tirés des initiatives PPTE et IADM, souligne le rapport, l’encours de la dette publique a repris une trajectoire ascendante plus prononcée jusqu’en 2014 en s’établissant à 4112,88 milliards de FCFA, soit une hausse de 302% par rapport à son niveau de l’année 2006. Contrairement à la première période de 1996 à 2001, cette tendance haussière est due à une augmentation simultanée de la dette extérieure et intérieure totale de l’État. »
No comment ! Ça veut dire tout simplement que le peuple sénégalais dans son ensemble va trimer sa vie durant à rembourser de l’argent qu’il n’a pas emprunté et dont il voit peu l’impact dans sa vie de tous les jours.

En 1987, à Addis-Abeba, le Capitaine Thomas SANKARA déclarait ceci : «La dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également. » Vérité absolue, combine d’africains sont en train de mourir en ce moment parce tout simplement leurs états du fait de leur dépendance et de leur mauvaise politique économique continuent toujours à s’endetter et laissant ainsi leurs peoples mourir de faim ? Et SANKARA de poursuivre :
« Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins.

Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. La dette, c’est encore le néo-colonialisme où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques ; en fait, nous devrions dire qu’ils se sont transformés en assassins techniques ; et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement.
Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer ; nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette ; nous ne pouvons pas payer la dette parce que, au contraire, les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé ! On parle du plan Marshall qui a refait l’Europe économique mais on ne parle jamais du plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leur économie était menacée, leur stabilité était menacée.

Et quand nous disons que la dette ne saurait être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Parce que nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale. La bible, le coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité ; Il faudrait alors qu’il y ait deux éditions de la bible et deux éditions du coran.
Nous ne pouvons pas accepter qu’on nous parle de dignité, nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de mérite de ceux qui payent et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne payeraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui, nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre, quand il vole, il ne commet qu’un larcin ou une peccadille tout juste pour survivre par nécessité. Les riches ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples. »

Ce ne sont là que quelques facteurs de notre dépendance actuelle. Il est tant que nous ouvrions les yeux, que nous soyons conscients de notre situation et que nous ayons le courage de poser et d’imposer nos idées afin d’accéder à une véritable indépendance. C’est alors seulement, que nous pourrons fêter dignement et librement notre indépendance.
 
NGOOR BUKAR NJAAY
A SALMA KOOR
LE CHEVALIER DU JEGEM
 


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