L’affaire opposant le rappeur Mc Baleedio à un collectif d’enseignants : verdict attendu le 13 novembre prochain

03/10/2019

Le Tribunal de grande instance de Kolda a statué sur l’affaire opposant le rappeur Mc Baleedio à un collectif d’enseignants qui l’a attrait à barre pour diffamation.

Le Tribunal de grande instance de Kolda a statué sur l’affaire opposant le rappeur Mc Baleedio à un collectif d’enseignants qui l’a attrait à barre pour diffamation. Alors que la partie civile réclame 10 millions de dommages et intérêts, la défense réclame le non-lieu. Délibéré le 13 novembre prochain.
Les différentes médiations n’ont pas empêché le procès de l’artiste Mc Baleedio, attrait devant la barre du Tribunal de grande instance de Kolda par un collectif des enseignants qui a attaqué son dernier single «Moussé Kalabanté».

Ses excuses et justifications n’ont pas entamé la détermination des enseignants se sentant insultés. Soutenu par l’Association des métiers de la musique (AMS) et des fans, il a fait face au Tribunal et a tenu à expliquer son combat contre les grossesses précoces l’exploitation des enfants. La partie civile représentée par Me Djiba dénonce une diffamation de toute une corporation. Par conséquent, elle a demandé des dommages et intérêts et une application de loi dans l’affaire de ce «pseudo» artiste.

RAPPEL DES FAITS

Un des responsables des enseignants, M. Sonko, avait porté plainte contre l’artiste, justifiant le combat du collectif. «Nous portons plainte contre Mc Baleedio pour diffamation, accusations gratuites et mise en danger de la vie d’autrui. Car, également, le rappeur a listé nommément des noms dans son single et ceci met aujourd’hui en danger la vie des enseignants servant en brousse. Tout ceci porte atteinte à la dignité et à l’honneur des enseignants, en les traitants de pédophiles, d’adeptes de l’adultère. Aujourd’hui, il expose les enseignants en les mettent en danger, surtout dans la campagne où il dit que les enseignants couchent avec les femmes des chefs de village ou leurs enfants. Devant cette situation, nous portons plainte pour montrer aux uns et aux autres que la liberté d’expression ne doit pas entraver celle des autres...»

Les paroles du single de l’artiste seront traduites du Pulaar par le journaliste Samba Diamanka : «Moussé, je viens de voir de belles midinettes dans ta classe. Quelles sont belles !», dit l’enseignant à son collègue, avant que ce dernier ne s’exclame: «Han !». Il reprend ses propos, salivant certainement sur les élèves de son collègue. «Elles ont de jolis seins et des fesses bien rebondies. Il faut que tu me passes l’une d’entre elles». Son collègue l’envoie se promener. «Arrête avec ça. C’est moi qui suis leur enseignant. Je les aime autant que toi, surtout l’élève du nom de Haby Diao.

J’aime beaucoup cette fille», confie-t-il à son collègue. Cela dit, une chèvre ne broute que là où elle est attachée. Charité bien ordonnée commence par soi-même ! C’est ainsi que le «moussé l’école» dès le lendemain, appelle Haby: «mais Haby !». La fille sursaute: «oui moussé !». Le maître «saï-saï» de reprendre sans gêne: «estce que tu peux passer aujourd’hui à la maison ?». La fille, certainement étonnée par l’invitation de son «moussé», demande à ce dernier le motif. Le «moussé», on l’appelle ainsi pour ne pas travestir les propos du rappeur, de répondre: «je suis ton moussé. Si j’ai besoin de toi, tu dois venir. Si je ne te donne pas, je te dirai quelque chose».

La fille lui répond naïvement : «Ah bon ?». «Je t’attends à la maison». «Ok», dit le «moussé». Lui tournant certainement le dos en pourléchant les babines, pensant à sa proie  Refrains : «moussé kalabanté», «moussé bandit», «moussé qui courtise et engrosse ses élèves, c’est un moussé bandit, un moussé kalabanté» Le rappeur soutient que ce qui lui fait mal, c’est d’avoir un enfant, le nourrir, le voir grandir et l’emmener à l’école pour que l’enseignant fasse son devoir d’éducateur. Mais, malheureusement, l’instituteur brise la carrière de l’enfant en l’engrossant. Alors que c’est son espoir. Plus téméraire que ce rappeur, tu meurs !

Ne se limitant pas à «fouetter» les enseignants dans le cadre général, il cite des noms de famille d’enseignants: «Moussé Ba, Bodian, Badji, Baldé, Sonko, Sané, Sow, Cissé, Diao, Diop, Keita, Ka, Faye, Kandé, Sabaly, Mané, Diallo, Kantoussang, Kamara, Mballo, Barry, sont tous des bandits». Il interpelle les consciences et demande: «qui provoque l’autre ?» Pour lui, la réponse est simple puisque cela relève de la responsabilité des enseignants qui devraient plutôt enseigner au lieu de fricoter avec leurs élèves. Pour l’audacieux rappeur, les instituteurs n’ont aucun argument valable pour justifier leurs actes indécents et ignobles à l’encontre de leurs élèves. Il révèle d’autres actes, en dénonçant la menace des enseignants. Pour conclure, il conseille aux enseignants d’arrêter de fricoter avec leurs élèves. Le comble, Mc Baleedio ajoute que des enseignants fricotent avec des épouses des chefs de village ou quartier ! Purée… Voilà en somme tout le son du rappeur Mc Baleedio…, indique M. Diamanka

DEBATS DEVANT LE JUGE

Devant le juge Mc Baleedio a justifié le son comme une simple pédagogie pour dénoncer un phénomène, à l’image des autres Ong qui ne cesse de le faire. Maître Bodian, l’avocat de la défense a estimé que Mc Baleedio s’est attaqué aux enseignants «kalabanté» (pervers) et non aux enseignants dignes et qui honorent la profession. Pour lui, le dossier est vide et Mc Baleedio doit bénéficier d’un non-lieu. Devant le juge il a justifié le single comme étant une simple pédagogie pour dénoncer un phénomène comme les autres Ong ne cesse de le faire. Il a donné des exemples devant le tribunal. «Ils n’ont pas reçu de mandat, ni n’ont les preuves qu’ils ont été mandatés. Ils ne sont pas cités nommément dans le single. Mc Baleedio n’a fait qu’exercer un devoir citoyen, en sensibilisant sur le phénomène de viol dont sont victimes nos filles, vos filles messieurs les juges. Egalement, il n’a diffamé aucun enseignant, ni injurié quiconque», a argumenté l’avocat de Mc Baleedio.

Quand a Maître Djiba de la partie civile, il a montré que Mc Baleedio s’est attaqué à tous les enseignants, sans distinction, par ses propos diffamatoires qui jettent le discrédit sur une profession honorable et respectable. C’est pourquoi il a réclamé à la Cour une somme de dix millions (10) au titre des dommages et intérêts pour ses clients. L’affaire est mise en délibéré pour le 13 novembre prochain.
 
 Sud Quotidien
 


Serigne Saliou Guèye
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